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APPEL À PARTICIPATION - Journée de réflexion : racisme x antiféminisme

Publications
La journée de réflexion sur le racisme et l'antiféminisme aura lieu le vendredi 4 novembre 2022, Ausgang Plaza situé au 6524 rue St-Hubert.
 
Pour répondre à cet appel, vous devez soumettre une proposition de 250 mots (½ pages) à l'attention d'Alexandra Pierre (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) avant le 9 septembre 2022 minuit.
 
Nous ne contacterons que les personnes dont les propositions auront été retenues.

Le comité organisateur est composé de :

  • Sonia Alimi, candidate au doctorat en sociologie et études et recherches féministes à l'Université du Québec à Montréal ;
  • Jade Almeida, Ph.D en sociologie de l'Université de Montréal ;
  • Danielle Coenga Oliveira, candidate au doctorat en science politique et études féministes à l'Université du Québec à Montréal ;
  • Mélissa Blais, département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais ;
  • Francis Dupuis-Déri, département de science politique à l'Université du Québec à Montréal ;
  • Alexandra Pierre, Relais-femmes.

Des chercheur.es s'intéressent de plus en plus aux liens entre l'antiféminisme et l'extrême droite, que ce soit aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine (Hermansson et al., 2020 ; Jasser, Kelly M. et Rothermel, 2020 ; McNeil-Willson, 2020 ; Nagle, 2017 ; Biroli, Machado et Vaggione, 2020 ; OSP, 2020). Dans ce cas, l'antiféminisme se confond avec la xénophobie, le racisme, l'islamophobie et même le suprémacisme blanc (Campana et Tanner, 2019). Au-delà des liens entre antiféminisme et extrême droite se pose la question de la particularité de l'antiféminisme : comment le distinguer du sexisme ou encore de la misogynie ? Nous arguons que l'antiféminisme se distingue par le fait qu'il s'organise consciemment et spécifiquement contre les mouvements féministes et les revendications des minorités de genre. Plusieurs stratégies sont alors déployées, notamment celles de former des alliances avec d'autres mouvements réactionnaires tels que les mouvements racistes, ou d'en emprunter le modus operandi.

Le racisme n'a jamais eu besoin de l'antiféminisme pour se déployer (et vice versa), mais lorsque ces deux forces réactionnaires se combinent, de nouvelles conditions ou manifestations de discriminations et de violences se déploient. Elles ciblent des groupes sur-marginalisés dans le but d'affaiblir leurs projets d'émancipations. On assiste alors à une multitude de stratégies comme les amalgames, la dépolitisation, la diabolisation (pensons au sort réservé à l'intersectionnalité, à la critical race theory, entre autres) afin de nourrir la méconnaissance et délégitimer la prise de parole publique de certain.es. D'autres exemples vont dans le même sens que celui des journalistes de grands médias français, membres de la Ligue du LOL, les débats sur la « liberté d'expression » et la « liberté universitaire» apparemment mises à mal par les wokes, c'est-à-dire des féministes, et des antiracistes et/ou des groupes pour les droits des LGBTQIA+ présenté.es comme de terribles menaces au Québec, mais aussi aux États-Unis et en France (Andraca, 2019 ; Nicolas 2022 ; Diallo 2021 ; Dupuis-Déri à paraître).

Dans d'autres cas, le racisme de féministes blanches peut aisément rejoindre des intérêts antiféministes. Notamment lorsqu'il exclut des militantes racisées ou encore lorsqu'il s'en prend à des projets d'émancipation antiraciste au nom de privilèges blancs (ex. le cas de suffragistes canadiennes qui faisait la promotion d'un projet eugéniste), au nom de la « sécurité intérieure » si chère au fémonationalisme, ou encore au nom de principes abstraits comme la « laïcité » ou l'« universalisme », par exemple lors des débats sur les « accommodements raisonnables » et autour de l'adoption de la Loi 21 au Québec (Almeida & Lopez 2019 ; Andraca, 2019 ; Benhadjoudja, 2017 ; Bilge, 2010 ; Phipps, 2021).

Enfin, nous le savons, l'antiracisme n'est pas non plus synonyme d'émancipation féministe. Des afroféministes aux États-Unis, entre autres, ont déploré les critiques dont le féminisme était la cible de la part de camarades du mouvement des droits civiques, du nationalisme noir et du Black Power (Davis 1981 ; Collins 2016 ; Dobbins-Harris 2017 ; hooks 2015 ; Heigh 2001 ; Beal 1968). De même, en France, les collectifs féministes antiracistes et décoloniaux Nta Rajel et Femmes dans la mosquée à Paris se sont heurtés à de très fortes résistances des autorités religieuses et de fidèles masculins (Hanane Karimi dans Rochefort 2019 ; Kiff ta race, 2022). Ainsi, un « Nous » masculin transversal permet d'étranges alliances entre hommes blancs et hommes racisés contre des féministes.
En somme, les alliages et les affinités entre le racisme et l'antiféminisme sont multiples, et s'articulent selon les différents types de racismes (xénophobie, racisme anti-noir.es, islamophobie, etc.) et courants antiféministes (conservateur, anticapitaliste, masculiniste, etc.) (Blais 2018). Certes, plusieurs chercheuses et militantes s'efforcent de réfléchir à l'imbrication entre le sexisme et le racisme ou entre le sexisme et l'antiféminisme (par exemple, Ging, 2019), mais qu'en est-il des enchevêtrements entre le racisme comme système qui, sur une base raciale, maintient une répartition inégale des ressources — et des violences (Pierre 2017) — et l'antiféminisme comme force sociale organisée qui vise plus précisément les féministes ?

En outre, cet appel à participation souhaite réfléchir à l'imbrication entre antiféminisme(s) et racisme(s), pour mieux en saisir leurs effets, mais aussi pour éclairer les manières d'y réagir. Le comité organisateur de cet événement, initié par le Chantier sur l'antiféminisme du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), vous invite ainsi à explorer ou répondre aux questions suivantes :

  • Comment penser l'arrimage entre les formes de contestation raciste et l'antiféministe ?
  • Quelles pistes pour mieux comprendre et combattre l'imbrication de ces mouvements ?
  • Qu'en est-il lorsque des mouvements progressistes, notamment lorsqu'un certain féminisme majoritaire (blanc) s'approprie les éléments des discours antiféministes et se mobilise contre les féministes racisées ?
  • Qu'en est-il des antiféministes qui s'en prennent spécifiquement aux femmes racisées ou aux femmes autochtones ?
  • Quelles formes spécifiques prend cet arrimage sur ce territoire nommé Québec ?
  • Que peut-on apprendre d'autres territoires concernant cette alliance du racisme et de l'antiféminisme ?
  • Comment l'antiféminisme s'allie-t-il au racisme en dehors du Nord global ?
  • Quelles pistes pour mieux comprendre et combattre l'imbrication de ces mouvements ?


*Pour consulter les références bibliographiques, nous vous invitons à télécharger le document en pièce jointe, ci-dessous.*